L’eau apprivoisée

A chacun sa piscine. A débordement, naturelle et intérieure même.

Modèle à débordement sur deux côtés, margelles et plages en pierre naturelle. Carré Bleu.

Modèle à débordement sur deux côtés, margelles et plages en pierre naturelle. Carré Bleu.

Gérard Gay ne parle pas de piscine mais de plan d’eau. Partant du principe qu’à chaque endroit correspond un style, le concepteur va imaginer « un lieu de détente et de beauté où il fera bon vivre ». Il utilisera des rochers naturels, du bois imputrescible, du sable…

Piscine à débordement avec plages en terre cuite, pour un nouvel art de vivre. Pierre Alessandra.

A chacun sa piscine. A débordement, naturelle, intérieure même. Pour toutes, un seul mot d’ordre : susciter le rêve.

En 2004, on comptait en France 1.056.000 piscines dont 720.000 enterrées. Soit 24 % de plus qu’en 2001. Si le Sud-Est arrive largement en tête avec 55 % des réalisations, c’est la région Nord qui, ces quatre dernières années, a enregistré le plus fort taux de progression, avec plus 70 %. Les professionnels restent optimistes : avec 13.000.000 de maisons entourées d’un jardin sur le territoire et 150.000 constructions d’habitations prévues, ils espèrent un doublement du nombre des piscines d’ici dix ans. Qui sont-ils donc ces heureux propriétaires de bassins et vers quels modèles portent-ils leur choix ? En règle générale, ils ont entre 40 et 60 ans et appartiennent à la catégorie cadres supérieurs pour 19 %, suivies par les retraités (18 %), les employés (16 %) et enfin les professions libérales et les commerçants (11 %). Un fait semble certain : le temps du « rectangle bleu » pur et dur est révolu. Aujourd’hui, on associe la piscine à un art de vivre et elle s’intègre à l’espace, qu’elle soit petite ou grande. Les plus jeunes optent souvent pour le principe du kit. Les plus âgés s’orientent fréquemment vers les modèles hors-sol pour la sécurité de leurs petits-enfants. Viennent ensuite ces plans d’eau où le concepteur peut laisser libre cours à son imagination, jouer avec les matériaux et créer. Le débordement, s’il reste toujours très prisé, est devenu classique… sans pour autant perdre de son côté magique. L’œil est attiré par la ligne d’horizon, un infini à la fois lointain et tout proche, séparant l’eau de la terre. Concrètement, cette piscine possède un moyen de récupération des eaux en partance vers un système de filtration : elle est construite pour que l’eau coule sans contrainte vers un réservoir tampon invisible, situé en contrebas du bassin (pas de skimmer donc). Le prix de l’illusion sera de 30 % supérieur, en moyenne, à celui d’une piscine traditionnelle. Celle dite paysagère utilise les techniques traditionnelles : ce qui va changer, c’est la forme du bassin, plus libre et pratiquement sans limites. Le pisciniste devient alors designer, avec un but : contourner les difficultés possibles (escarpement du terrain, falaise…), respecter le site existant et inventer de toutes pièces une harmonie parfaite. Impossible, pour un bassin paysager de donner un ordre de prix. Il s’agit là d’un projet sur mesure, et il n’est pas rare qu’un paysagiste intervienne pour aménager les abords immédiats du lieu. On l’appelle indifféremment biologique ou naturelle. Davantage plan d’eau que piscine, elle reste celle qui respecte le plus la planète et permet un écosystème faune/flore favorable à l’eau. Ses avantages paraissent évidents : baignade en milieu 100 % naturel, espace paysager qui vit au fil des saisons, absence totale de produits chimiques et entretien réduit si la conception a été bien menée. Côté inconvénients : une eau fraîche en hiver et la nécessité de s’occuper des plantes pour l’équilibre de l’élément liquide. C’est dans la forme que la piscine en bois impose sa personnalité. Ce matériau, chaleureux, robuste et esthétique va de l’intégral à la touche plus ou moins prononcée : margelle, plage, escalier, ponton… De la prise en compte de l’environnement (dureté du climat), dépendra le choix de l’essence. Pin, sapin, cèdre, pour la tradition, teck, iroko, ipé, pour l’exotisme. Pour les premières citées, il est nécessaire de prévoir un traitement en autoclave où l’air du bois est remplacé par des fongicides et des insecticides ; les secondes, naturellement imputrescibles ne demandent pas d’attention particulière. A savoir, tous les bois ont un point commun, lié à leur vieillissement, ils deviennent gris. Si la piscine est devenue, au fil des ans, une pièce en plus, aménagée à l’intérieur, elle s’impose comme une pièce de plus. Ses contraintes environnementales sont uniques car il ne s’agit pas d’un simple bassin que l’on installe chez soi. Oubliez la notion de standard, surtout si elle doit s’immiscer dans un bâti existant. Premier impératif : avoir un plafond suffisamment haut pour permettre une bonne circulation de l’air. Dans le cas contraire, prévoyez un système de ventilation et d’absorption d’humidité, sous peine de voir vos murs se détériorer ultra rapidement. Deuxièmement, pensez à isoler sols et murs et à installer un système de chauffage air/eau efficace et bien réglé. Cette piscine intérieure étant sur mesure, elle sera environ deux fois plus chère à la construction, à l’entretien et à l’usage qu’un modèle classique. En compensation, vous l’utiliserez douze mois par an, ce qui compense largement ce désagrément.

Carnet

Carré Bleu, Aqua’space, 1063 avenue Maréchal-Juin, 06250 Mougins. 04 92 28 07 01. Gérard Gay, Les Oasis de Plan d’Eau, quartier les Couestes, 710 rue Léon-Amic, 83390 Cuers. 04 94 28 56 97. Piscines Alessandra, 616 avenue Saint-Martin, 06250 Mougins. 04 92 28 31 20. Wood-line, 00 32 69 25 33 63 et sur www.wood-line.info

Par Cécile Olivéro - photos : presse.